II
Par l'appel souriant de sa claire étendue
Et les feux agités de ses miroirs dansants,
La mer, magicienne éblouissante et nue,
Eveille aux grands espoirs les coeurs adolescents.
Pour tenter de la fuir leur effort est stérile ;
Les moins aventureux deviennent ses amants,
Et, dès lors, un regret éternel les exile,
Car l'on ne guérit point de ses embrasements.
C'est elle, la première, en ouvrant sa ceinture
D'écume, qui m'offrit son amour dangereux
Dont mon âme a gardé pour toujours la brulure
Et dont j'ai conservé le reflet dans mes yeux.
Jean de LA VILLE de MIRMONT
vendredi 9 mai 2008
STEAM-BOAT
En fumée elle est donc chassée
L'éternité, la traversée,
Qui fit de Vous ma soeur d'un jour,
Ma soeur d'amour !
Là-bas : cette mer incolore
Où ce qui fut Toi flotte encore...
Ici : la terre, ton écueil,
Tertre de deuil !
On t'espère là...Va légère !
Qui te bercera, Passagère ?
O passagère de mon coeur,
Ton remorqueur !
Quel Mélénas, sur son rivage,
Fait le pied ?...-Va, j'ai ton sillage...
J'ai, -quand il est là voir venir-
Ton souvenir !
Il n'aura pas, lui, ma Peureuse,
Les sauts de ta gorge houleuse !
Tes sourcils salès de poudrain
Pendant un grain !
Il ne t'aura pas : effrontée !
Par tes cheveux au vent fouettée !...
Ni, durant les longs quarts de nuit,
Ton doux ennui...
Ni ma poésie où - Posée,
Tu seras la mouette blessée,
Et moi le flot qu'elle rasa...
Et ceoetera.
-Le large, bête sans limite,
Me paraîtra bien grand, Petite,
Sans Toi !...Rien n'est plus l'horizon
Qu'une cloison.
Qu'elle va me sembler étroite,
Tout seul, la boîte à deux !...la boîte
Où nous n'avions qu'un oreiller
Pour sommeiller.
Déjà le soleil se fait sombre
Qui ne balance plus ton ombre,
Et la houle a fait un grand pli...
Comme l'oubli...
Ainsi déchantait sa fortune,
En vigie, au sec, dans la hune,
Par un soir frais, vers le matin,
Un pilotin.
"les Amours jaunes", Tristan Corbière
L'éternité, la traversée,
Qui fit de Vous ma soeur d'un jour,
Ma soeur d'amour !
Là-bas : cette mer incolore
Où ce qui fut Toi flotte encore...
Ici : la terre, ton écueil,
Tertre de deuil !
On t'espère là...Va légère !
Qui te bercera, Passagère ?
O passagère de mon coeur,
Ton remorqueur !
Quel Mélénas, sur son rivage,
Fait le pied ?...-Va, j'ai ton sillage...
J'ai, -quand il est là voir venir-
Ton souvenir !
Il n'aura pas, lui, ma Peureuse,
Les sauts de ta gorge houleuse !
Tes sourcils salès de poudrain
Pendant un grain !
Il ne t'aura pas : effrontée !
Par tes cheveux au vent fouettée !...
Ni, durant les longs quarts de nuit,
Ton doux ennui...
Ni ma poésie où - Posée,
Tu seras la mouette blessée,
Et moi le flot qu'elle rasa...
Et ceoetera.
-Le large, bête sans limite,
Me paraîtra bien grand, Petite,
Sans Toi !...Rien n'est plus l'horizon
Qu'une cloison.
Qu'elle va me sembler étroite,
Tout seul, la boîte à deux !...la boîte
Où nous n'avions qu'un oreiller
Pour sommeiller.
Déjà le soleil se fait sombre
Qui ne balance plus ton ombre,
Et la houle a fait un grand pli...
Comme l'oubli...
Ainsi déchantait sa fortune,
En vigie, au sec, dans la hune,
Par un soir frais, vers le matin,
Un pilotin.
"les Amours jaunes", Tristan Corbière
JE NE SAIS POURQUOI
Je ne sais pourquoi
Mon esprit amer
D'une aile inquiète et folle vole sur la mer,
Tout ce qui m'est cher,
D'une aile d'effroi
Mon amour le couve au ras des flots. Pourquoi, pourquoi ?
Mon esprit amer
D'une aile inquiète et folle vole sur la mer,
Tout ce qui m'est cher,
D'une aile d'effroi
Mon amour le couve au ras des flots. Pourquoi, pourquoi ?
MARINE
L'océan sonore
Palpite sous l'oeil
De la lune en deuil
Et palpite encore,
Tandis qu'un éclair
Brutal et sinistre
Fend le ciel de bistre
D'un long zigzag clair,
Et que chaque lame
En bonds convulsifs
Le long des récifs
Va, vient, luit et clame,
Et qu'au firmament,
Où l'ouragan erre,
Rugit le tonnerre
Formidablement.
"eaux fortes" Poèmes saturniens, Paul Verlaine
Palpite sous l'oeil
De la lune en deuil
Et palpite encore,
Tandis qu'un éclair
Brutal et sinistre
Fend le ciel de bistre
D'un long zigzag clair,
Et que chaque lame
En bonds convulsifs
Le long des récifs
Va, vient, luit et clame,
Et qu'au firmament,
Où l'ouragan erre,
Rugit le tonnerre
Formidablement.
"eaux fortes" Poèmes saturniens, Paul Verlaine
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